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Percées / Breakthroughs
01 janvier 2008 // 2008: Investir dans l'émergence créative

Bonne année 2008 à vous qui lisez AMI aujourd’hui. Commençons l’année avec quelques réflexions stimulantes, par exemple : « Que mille lieux s’épanouissent ! ». C’est sous ce titre que Jean-Marc Adolphe a rédigé un excellent article dans la revue « Mouvement » de janvier-mars 2008, un plaidoyer extrêmement intelligent en faveur de l’expérimentation créatrice. Les « nouveaux territoires de l’art » sont essentiels à L’EMERGENCE : ce qui est en train d’advenir, donc de l’imprévu et de l’imprédictible, qui s’accommode mal des planifications et objectifs, des critères de choix institutionnels et du court-termisme hypermoderne. Accepter la vie dans une approche biologique de la politique culturelle, opposée à tout darwinisme, pour éviter que l’organisme culturel ne devienne un corps mort (sanctuarisé et muséifié), c’est l’invitation faite par Jean-Marc Adolphe et j’y souscris tout à fait. En termes économiques, ces nouveaux territoires de l’art vivent, précise Jean-Marc Adolphe avec une mutualisation de moyens (et d’argent – de peu d’argent). Cela sera-t-il donc suffisant pour surmonter la panne de créativité dont souffre notre société tout entière – j’évoque ici le champ économique, social et citoyen dans sa totalité, dont l’art ne saurait être séparé, au grand dam des élitistes - et à laquelle l’émergence créative est à terme la seule réponse viable ? Je crains que non. Multiplier la créativité à la mesure du défi posé par la panne française nécessite une rupture aussi bien avec les approches post-marxistes sectaires qu’avec les approches post-nationalistes autoritaires et jacobines, toutes deux marquées par un mélange de conservatisme des esprits, d’hyperimmédiateté nerveuse et trop souvent recouvertes, dans un camp comme dans l’autre, des paillettes du marketing auxquelles cèdent parfois les structures elles-mêmes – cf. les « Très Jeunes Créateurs Contemporains », slogan de Pascal Rambert au Théâtre de Gennevilliers, cité par Jean-Marc Adolphe lui-même. Pour faire face aux défis de la création et faire croître le « CCP » (Coefficient de Créativité Populaire, un indicateur à créer qui m’est venu à l’esprit au retour de mes voyages à l’étranger, tant la créativité vernaculaire semble en panne dans notre pays saturé de slogans pensés « ailleurs » que dans le terreau du quotidien, en comparaison avec des pays comme l’Allemagne, l’Italie, l’Estonie, la Finlande, la Californie, le Nouveau-Mexique…) qui nous fait tant défaut dans nos institutions, écoles, commerces, entreprises, c’est une véritable politique libérale et sociale de l’art et de l’entreprise, respectueuse du rythme et de la vie créative, ce qui n’a jamais existé en France, qui nous serait nécessaire. Dans le prolongement du débat ouvert par le Congrès Interprofessionnel de l’Art Contemporain (CIPAC) réuni à Lyon en novembre : « Pour l’art, un soutien privé entre projet économique et projet social », il est essentiel de libérer et de stimuler le soutien à l’art contemporain en tant qu’humus du capital de créativité pour l’avenir de la société française, en relation avec les autres pays d’Europe et du Monde. Une politique culturelle libérale et sociale soutiendrait les investissements privés au service d’une création artistique d’utilité publique, au même titre que l’investissement dans la recherche et l'innovation technologique par exemple, en proposant des dispositifs fiscaux analogues à ceux qui permettent aux détenteurs de patrimoine de financer les projets d’innovation dans les PME. Encore est-il nécessaire de créer les médiations utiles pour expliquer, à la manière d’un Jean Dubuffet, l’importance de l’humus fertile que constituent les processus artistiques dans une société. Les mesures quantitatives ne suffisent pas, a fortiori en une matière aussi qualitative, mais aussi tellement éloignée depuis 50 ans de la culture des Français (voir sur ce point l’excellent essai de Philippe Dagen « L’art impossible"). Une véritable pédagogie, fondée sur l’expérience, est nécessaire à l’attention des investisseurs potentiels qui, pour s’engager, doivent identifier une création de richesse culturelle et créative concrète pour leur entreprise, pour la société - et pour eux-mêmes à titre personnel - . C’est bien là un aspect essentiel de la mission d’ENTREPART, que nous allons développer en 2008, car pour cela, pas besoin d’attendre les mesures d’accompagnement fiscal - celles-ci seront quand même un sujet que nous défendrons au sein du réseau d’entrepreneurs « Croissance Plus » cette année. 2008, ce sera aussi une année qui risque de voir s’accentuer ce que Régis Debray appelle la « modernité archaïque », multiplication des flux économiques mondialisés ET revalorisation des mythes anciens, du temps long, de la culture profonde en tension avec les rituels contemporains postmodernes : investissement dans la communauté (« communaucratie », dirait Vincenzo Susca), dans le corps en vibration, dans les affirmations hybrides individuelles/tribales. Un monde relié en apparence économique, crevassé en réalité politique, sociologique, culturelle. Et donc beaucoup de relief en perspective, des conflits, des combats, mais des liens créateurs aussi, nourris de la relation à l’autre différent, une relation à réapprendre. Les petits pays comme les petites entreprises ont à présent toutes leurs chances s’ils sont agiles, intelligents et créatifs. Dans une société de l’immatériel, la puissance n’est plus liée à l’étendue d’un territoire concret, mais à la capacité à inventer des territoires imaginaires sans fin – Second Life n’est qu’un début ! Et en ce domaine, l’art sera la clé du succès économique, social et culturel futur. Pourquoi autant d’oeuvres d’art dans les technopoles estoniennes que nous avons visitées en octobre dernier ? Et dans le même temps, pourquoi Tiia Tammaru, notre partenaire estonienne, est-elle remontée à 9000 ans avant Jésus-Christ pour nous présenter son pays ? Pourquoi l’art et la philosophie figurent-elles au frontispice de la « HEC » slovène – surnom donné par le magazine Capital à la Bled School of Management, qui en réalité, n’a que peu à voir avec HEC dans sa dynamique réelle. Beaucoup d’énergie créatrice sera nécessaire en 2008. La France, qui est devenue un petit pays un peu lent et timoré, en retard en matière d’innovation de l’immatériel, a toutes ses chances si ses entrepreneurs privés et publics investissent l’imaginaire d’un monde où virtuel et réel ne feront bientôt plus qu’un. Dans un pays qui porte – malgré lui ? - l’image mondiale de la culture et de la fulgurance – voir le respect de Voltaire et de Montesquieu, l’admiration pour Hermès ou Louis Vuitton, les succès de Baudrillard, Lyotard, Deleuze, Derrida à l’étranger - l’imaginaire qui émerge des relations créatives constructives peut constituer un puissant moteur psychopolitique. A l’opposé des tenants essoufflés de la « French Theory » dans son versant dépressif – Alain Badiou et ses disciples -, la création de richesse économique, sociale et culturelle est possible en écoutant les artistes contemporains dans leur fonction d’oracle, mais aussi des philosophes généreux comme Peter Sloterdijk, ami de la France, qui nous invite fermement mais avec bienveillance à nous réveiller. J’invite pour ma part des philosophes aussi talentueux que Marc Alizart à placer sa Fresh Theory en perspective d’une explosion créative potentielle, qui permettrait que la France prenne un avenir d’avance dans le concert de Nations, non pour s’en distancier, mais pour jouer son rôle d’hybridation féconde. Il est bien placé, par ses responsabilités au Palais de Tokyo, pour prendre la tête d’un nouveau virage de la pensée française, avec la dose de pragmatisme que devrait lui apporter la fréquentation assidue de Marc-Olivier Wahler. Les plaies qui ne manqueront pas de crevasser la surface du globe - à commencer par l’Europe - en 2008 mériteront des sutures actives, des relations politiques, commerciales, créatives, respectueuses des altérités mais désireuse de nouvelles « harmonies contradictorielles », selon l'expression de Gilbert Durand. Au-delà des "débats franchouillards ENA-HEC" justement dénoncés par Nicolas Bourriaud dans son dernier édito de Beaux-arts Magazine (bravo Nicolas !), il est temps qu’au cœur du politique mais au-delà de la sphère politicienne, les artistes entrepreneurs et les entrepreneurs artistes investissent sans attendre leurs capacités de tous ordres pour construire, en France et ailleurs, de nouvelles sociétés fécondes. C’est leur rôle, comme cela l’a toujours été, s’ils le jouent, si nous le jouons avec vous, le politique suivra ou, pour conclure avec une formule chère à Michel Maffesoli: "l'institué se pliera aux exigences de l'instituant".
Christian Mayeur
www.mouvement.net

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15 janvier 2011
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Yann Toma, L’épopée de la Direction de la qualité totale et de la Direction de la stratégie énergétique. Œuvre de la collection Entrepart.



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